jeudi 19 mars 2015

Fausse couche

J'ai écris le billet sur le déroulement de ma grossesse et la nouvelle chaotique qu'a été l'annonce de mon accouchement avec deux mois et demi d'avance.

Après l'avoir bouclé, il m'est venu l'envie d'écrire un autre billet, en l’occurrence celui ci. Parce qu'on est de plus en plus de femmes à vivre ce malheur qu'est la fausse couche mais qu'on ose pas en parler, tout ça parce qu'on croit que ça passera tout seul, qu'on croit que la douleur n'est que temporaire.

Je penses, ce n'est que mon avis, et peu importe le terme et les raisons, que cette grosse gifle que tu te prends en pleine face a beaucoup plus d'impacts que prévu et que nous les sous estimons trop souvent.

C'est pour ça que dans ce billet j'ai décidé de me livrer, pour vous, qui avaient vécu cette terrible souffrance mais aussi pour moi ... surtout pour moi ...


Juillet 2014 : Je ressens une fatigue intense, vraiment intense que je mets sur le compte de la fin du ramadan et les premiers jours de marche de mon fils, tout ça accentué par la chaleur extrême des jours d'été dans le Sud de la France . Les jours passent, et je commence à avoir un pressentiment, cette fatigue n'est pas normale, elle ressemble étrangement à celle survenue deux ans avant quasi jour pour jour à l'annonce de la grossesse de Little I.

Mais j'attends, j'attends parce qu'au fond, tomber enceinte, c'est pas le moment, notre appartement n'est pas si grand, je ne travaille pas, Papa B est en interim, alors une grossesse bien qu'elle soit un cadeau du ciel, n'est pas franchement la bienvenue compte tenu des circonstances.

27 juillet : il va peut être falloir que j'envisage de faire un test de grossesse. Je l'achète, sans le dire à personne, et je fais donc ce fameux test. Je ne saurais vous décrire mon sentiment quand la mention enceinte 1-2 semaines s'est affiché sur ce bâton hors de prix soit dit en passant. Une joie, c'est sur, une joie immense, entremêlée d'une peur panique. Je réfléchissais, je me projetais à l'éventualité de revivre un accouchement prématuré et je n'étais clairement pas prête, je ne me voyais pas revivre ça une seconde fois, j'avais peur, tellement peur ...

Je l'annonce à Papa B, à ma maman, je pleurais tellement d'ailleurs qu'elle a cru à une mauvaise nouvelle ce jour là. Elle me rassure, me dit qu'un accouchement ne ressemble pas trait pour trait à un autre. Elle me rappelle que je suis l'heureuse naissance survenue après plusieurs pertes, que sa grossesse s'est très bien passée et qu'elle avait aussi très peur...
Je reprends petit à petit mes esprits, je fais mes calculs, accouchement prévu pour avril ( ce mois ci donc ) J'arrive même à faire les calculs d'un accouchement au même terme que Little I ce qui m'amenait au mois de janvier, je me dis que quoi qu'il puisse arriver, je suis bien entourée.

Je prends rendez vous rapidement avec une gynécologue que je n'avais encore jamais vu, en rentrant dans son cabinet je ne m'imaginais pas un seul instant ce qu'elle allait me dire.
Payer 98 euros pour entendre, que l'échographie est loin de correspondre au terme supposé de grossesse, et qu'elle espère un miracle, mais que ce qu'elle voit ne peut mener d'après elle qu'à une fausse couche imminente.
Je suis un peu énervée, je me dis qu'elle n'est pas très commode surtout que mon premier accouchement n'a pas été de tout repos. J'estimais donc que me parler de cette manière n'était vraiment pas la meilleure solution. Elle me donne donc un rendez vous trois semaines après soit le 18 aout pour une vérification plus poussée qui donnera un avis plus clair sur l'avenir de cette grossesse.
18 aout elle se fiche de mois ? Attendre le 18 aout pour savoir si ce que je porte en mois est vivant ou pas ? NO WAY

Le hasard aura voulu que ce fameux 18 aout je ressentes des crampes d'estomac intense le matin en allant promener bébé que je mettais sur le compte du petit déjeuner comme pour essayer d'effacer l'idée que quelque chose n'allait plus, jusqu'à l'heure du repas de Little I.
Attention moment glamour : Je sens quelque chose, vous n'êtes pas sans savoir mesdames que les débuts de grossesse sont accentués par tout un tas de pertes plus écoeurantes les unes que les autres, sauf que là, c'était du sang ....
Je me souviens d'avoir dit : " Oh non ... " et les larmes ont coulées .... Mais je m'y attendais secrètement dans un coin de ma tête .... J'ai appelé ma mère, envoyé un message à Papa B au boulot ... j'étais anéantie, je voyais ça comme un échec supplémentaire .. Je me rappelle avoir pensé : " T'en a sorti un il faisait à peine un kilo voilà maintenant que tu n'es même pas capable d'en garder un plus de deux mois"

La fin de journée arrive, plus rien ... plus de sang ... juste des douleurs ... J'espère de tout coeur au fond que cette fausse couche se déroulera sans douleur, j'ai peur, j'ai l'appréhension de ce moment où je vais perdre mon bébé, dans les toilettes, ça me met hors de moi ...
La journée du lendemain se déroule donc le plus naturellement possible, je n'ai pas mal et ça me soulagerait presque, de ne pas ressentir de douleurs ... j'essaye de faire bonne figure, je pense à ma mère qui en a perdu trois post utéro et je me dis que mon cas n'est vraiment pas le plus grave ici ... Je repense à cette maman en néonat, qui avait perdu sa jolie petite princesse de tout juste 600 grs...

Et je dors, et là, des douleurs, des DOULEURS ... Je crois que je ne pourrais jamais vous expliquer à quel point j'ai cru mourir tellement j'avais mal .... J'appelle donc ma cousine afin qu'elle me ramène aux urgences, je ne peux pas rester comme ça, je sens le malaise se pointer .. Mon défaut de me contenir et de ne pas montrer que je souffre m'a valu d'attendre trois bonnes heures en pleine nuit aux services des urgences à me demander dans quel position je pouvais bien me mettre pour que la douleur cesse ... Un medecin arrive enfin, il me fait donc des examens, une echographie, je vous épargne l'épisode de la flaque de sang qui s'agrandissait sur le sol au fur et à mesure de l'examen ..
Il souhaite me donner du cytotec, ce fameux médicament qui déclenche des contractions et accélère le processus. Hors de question, ça sortira à la vitesse que ça sortira ( après recul je regrette fortement de ne pas l'avoir pris ) . Je veux juste rentrer chez moi, dormir et oublier l'espace de quelques heures la douleur physique et psychologique . La perfusion d'antalgique à atténuer la douleur .. Je rentre chez moi, je me repose deux petites heures avant que Papa B entame sa longue journée de travail et là .... Ces douleurs ..... je crois que m'enfoncer des couteaux dans le ventre aurait été plus doux encore ... je ne suis pas quelqu'un de démonstrative, mais là je hurle, je hurle allongé par terre, ne sachant pas me relever, j'essaye une douche, les contractions étaient tellement intense que j'en ai vomi mes tripes ... il m'est impossible de faire un seul mouvement sans hurler de douleur ... Papa B me regarde impuissant, les larmes aux yeux se demandant ce qu'il pourrait bien faire pour me soulager ne serait qu'un petit peu . Il m'amène une serviette chaude, il a déjà une demi heure de retard au travail, il appelle donc ma mère en urgence qui vient tout de suite de Nice pour s'occuper de Little I.
J'étais dans un tel état second que je n'ai remarqué sa présence qu'une demi heure après qu'elle arrive. Elle me dit d'aller me reposer dans la chambre, la douleur s'atténue, je suis fatiguée, je m'endors à 14h et me réveille une heure après .... Je me lève et sent quelque chose de très étrange, et là enfin ... c'est fini ... J'appréhendais ce moment qui me parait après coup comme un immense soulagement, les douleurs disparaissent quasi instantanément.

Cette fausse couche aura duré en tout 22 jours, il m'aura fallu 8 mois pour m'en remettre physiquement ( hémoglobine et ferritine descendus à des taux très alarmants ) ..
Je me demande encore à l'heure qu'il est comment cet accident n'aura pas de conséquences dans mes futures grossesse ... J'ai toujours aussi peur, mais j'ai un remède, un remède radical, le sourire de mon enfant .. Je le vois sourire et je me dis que j'ai quand même mis au monde un petit garçon absolument magnifique, en bonne santé, et qui ne cesse de me faire rire chaque minute, même si il absorbe beaucoup de mon énergie .. Je le regarde et je me dis que j'y suis quand même arrivé, que ce n'est pas de ma faute, que j'aurais sans aucun doute des prochaines grossesses qui se dérouleront dans la sérénité la plus totale et je réalise chaque jour la chance que j'ai d'avoir une famille comme la mienne, des parents absolument FORMIDABLE ....

Cette fausse couche, ce flot quasi insurmontable de douleurs toutes aussi atroces les unes que les autres aura eu le mérite de m'apprendre à relativiser sur les malheurs de la vie .. Même si 9 mois après, même si je me demande encore à quoi ressemblerait mon bébé si j'avais mené ma grossesse à terme, je relativise des que j'en ai l'occasion ... J'y pense chaque jour, et je ne cesserais jamais d'y penser, tous les jours je me rappelle que si ça avait été une fille je l'aurais appelé Sirine et si ça avait été un garçon je l'aurais appelé Souleim ...

Mais maintenant j'attends, d'avoir une santé en béton, j'attends d'être moins stressée pour envisager à nouveau un deuxieme enfant, je penses que c'est primordial, je penses que ça m'aidera beaucoup ..

Je ne sais pas si cet article vous intéressera, mais moi je me sens beaucoup mieux après avoir écrit tout ça

Maman M


5 commentaires:

  1. J'en suis toute retournée....
    C'est bien que tu sois aussi entourée et j'espère que ta prochaine grossesse se passera beaucoup mieux même si elle n'effacera pas ce bébé que tu as perdu <3

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  2. Ton histoire me retourne mais je l'ai vecu donc je te comprends , j'ai ressenti ce que tu as ressenti .............

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    1. C'est d'autant plus compliqué que je penses que celles qui l'ont vraiment vécu peuvent savoir ce qu'on ressent reellement :-(

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  3. Oh que c'est triste!
    J'espère que tu est bien entourée et soutenu :/
    Je te souhaite plein de courage

    Des bisous

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